Le rôle de l’évangélisateur n’est pas d’apporter aux hommes un trésor dont il serait, lui, l’heureux dépositaire, mais de leur révéler le Christ qu’ils portent déjà au fond de leur cœur. C’est pourquoi il doit d’abord se mettre à l’écoute des hommes de son temps, de leur expérience, de leurs aspirations, de leurs intuitions. Il doit dépasser un certain sentiment de supériorité, qui lui vient moins de sa foi que de sa certitude de posséder la vérité, et vivre de plain pied avec ses frères les hommes. Il a tout avantage à aller d’abord vers les gens simples, ceux que la vie n’a pas épargnés, qu’elle a élevés dans la rigueur des conditions communes. Ce sont eux, beaucoup plus que les privilégiés de la vie, qui lui enseigneront ce que le Christ est venu libérer.

Il n’essaiera pas de les faire « entrer dans l’Eglise », mais de « construire avec eux l’Eglise ». On n’appartient à l’Eglise et au Royaume qu’en les construisant. Il faut se garder de la tentation de maintenir le peuple chrétien dans une attitude de consommation. Il est urgent de passer de la consommation spirituelle à la créativité évangélique.

Armand VEILLEUX, abbé de Chimay
Les moines ont-ils un avenir ? Page 29

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