Sacrées soeurs !

Vous me croirez si vous le voulez, mais je me suis trompé dans mon agenda.
Au lieu d’écrire : « 8 juin, 19 h, messe avec les Sœurs du Sacré-Cœur », j’ai écrit : « 8 juin, 19 h, messe avec les Cœurs des sacrées Sœurs »… Je vous jure !
Si j’avais écrit : « 8 juin, 19 h, messe avec les Cœurs des Sœurs Sacrées », ça aurait été embêtant, mais en fait « Cœur des sacrées Sœurs », ce n’est pas mal du tout.

En fait, la qualification de « sacrées Sœurs », ça vous va bien. Non pas que vous seriez des femmes exceptionnelles, mais parce que vous nous aidez, par votre vie simple et fraternelle, à mieux comprendre la Bonne Nouvelle de l’évangile.  Alors, si vous en portiez, je vous dirais : « Voiles bas, les sacrées Sœurs ! »

Pour tout vous dire, tout ce qui est « sacré », tout ce qui est « mis à part », ça m’agace un peu. Je n’aime pas trop ce mot là, ou du moins l’usage qu’on en a fait.  Je n’aime pas cette distinction absurde que des gens font quelquefois entre ce qui serait « profane » (les choses de l’homme) et ce qui serait « sacré » (les choses de Dieu) … comme si le monde était une espèce de commode avec des tiroirs bien compartimentés.

Toute la vie de Jésus montre que cette distinction ne tient pas. Tout le cœur de Jésus révélé nous montre ça. Et c’est votre désir, votre vocation et aussi votre passion de vivre dans cette trace là, de la traduire dans des actions éducatives, la solidarité, l’accueil des réfugiés et la contemplation d’un Dieu qui n’est jamais bien loin de l’homme.

Parce que c’est quelque chose comme ça, la Bonne Nouvelle de l’évangile : une « nouvelle qui fait du bien »,  celle d’un Seigneur qui aime la vie des hommes et des femmes, tels qu’ils sont et qui les rejoint là où ils sont, dans leurs joies, leurs espoirs et quelquefois aussi le tragique de leur existence.
Bonne Nouvelle d’un Seigneur qui leur révèle – on le voit tout au long de l’évangile – la foi et la bonté qu’ils portent. Et ça, c’est magnifique et on a bien raison de vouloir le suivre sur ce chemin d’humanité.

Je suis très touché, de plus en plus, par la profonde humanité de Jésus. Puisque Dieu est souvent silencieux, c’est lui qu’il faut regarder. Il n’y a pas d’autre voie.
Il aperçoitun homme exclu, laissé sur le bord d’une route, abandonné des siens ? Il s’approche de lui. Doucement. Sans grand discours. Il s’agenouille…
Il voit une femme traquée comme une bête par des vieux obsédés qui ne savent pas vivre eux-mêmes la morale qu’ils défendent ? Il l’accueille. Pour ne pas l’effrayer, sans la regarder, il dessine trois fois rien sur le sable avant de renvoyer ses vicieux rabatteurs, les prenant à leur piège. Et puis – c’est bouleversant –  il reconduit cette femme apeurée au seuil de son avenir : « va ! «
Il voit dans un cimetière un homme qui erre parmi les tombes, qui se fait du mal en retournant sa violence contre lui-même ? Il va au devant de lui et il le remet dans son bon sens. Debout.

Il sait que la religion – mal vécue – enferme l’homme. Alors il l’en libère.
Il sait que l’homme s’enferme  souvent dans la désespérance, qu’il ne croit pas suffisamment en lui. Alors il le relève et lui révèle la foi qui sommeillait en lui.
Il sait bien que la vie n’est pas simple, qu’on tâtonne, qu’on s’enlise comme on s’enlise dans une terre boueuse. Alors il sort, il encourage, il dés-enlise.
Il sait bien que l’avenir peut faire peur, il sait que les sources du cœur sont souvent obstruées. Alors il désensable.
Comment ne pas être bouleversés par ce Seigneur qui rejoint d’abord et avant tout les attentes les plus essentielles de l’homme. Par la qualité de son regard, il atteint chez les gens qu’il rencontre ce qu’il y a de plus humain : il rend la confiance perdue, l’estime de soi bafouée, le goût des autres si souvent oublié.

Ce qui est bouleversant, c’est qu’il nous apprend qu’il y a, dans cette profonde humanité, une Vie – celle de Dieu – qui vient dans notre vie la plus humaine. Sa tendresse pour l’homme, et d’abord pour les plus petits, est irradiée par une autre Tendresse. Et c’est ça, le grand miracle de l’incarnation : une Vie qui vient dans la vie et qui fait devenir l’homme un peu plus ce qu’il est. Il nous apprend que le Royaume est au dedans de nous. Et qu’il ne faudait pas rater ce rendez-vous…

Il n’y a plus, avec lui, d’un côté le « sacré » et l’autre le « profane » : il y a la vie. Que ça : un point c’est tout. Une vie appelée à la sainteté, c’est-à-dire à la Vérité de l’amour. Nous ne sommes plus, avec le Christ, dans une logique de règles à observer, de normes dans lesquelles il faudrait se tenir scrupuleusement, mais dans la quête intérieure et personnelle d’une nouvelle qualité d’être.  Et c’est là que nous sommes attendus.

La vie que le Christ nous propose ne se reçoit pas ailleurs que dans le consentement à notre vie ordinaire.  Elle ne dépend plus du respect des règles mais de la qualité de relation que nous vivons avec notre prochain. Alors la sainteté est à la portée de chacun, quelle que soit son histoire, son état de vie, son affectivité, ou situation sociale ou culturelle. Et ça, c’est une Bonne Nouvelle.
Jésus renvoie aux oubliettes de l’Histoire les vieilles catégories qui séparaient les uns des autres, et qui donnaient gain de cause aux plus viles envie de dominer. Il n’y a plus de caste. Il n’y a plus « ni grec ni juif, ni homme ni femme, ni maître ni esclave ».  Il n’y a plus de « sœurs sacrées », ou de « ministres sacrés » ; il n’y a plus de vocation ou d’état de vie supérieurs à un autre, mais des hommes et des femmes, toujours fragiles, tâtonnants, fluctuants, un peu confus, qui cherchent d’une façon ou d’une autre à devenir un peu plus humains. Leur quête d’humanité rejoint le désir profond de Dieu.

Et ce qui est très touchant, c’est qu’il ne nous invite à rien d’autre, nous ses amis, qu’à témoigner de ce surgissement de Dieu en l’homme. C’est peut-être quelque chose comme cela que voulait dire Saint Paul lorsqu’il écrivait aux chrétiens de la vie d’Ephèse : « Moi qui suis vraiment le plus petit de tous les fidèles, la grâce m’a été donnée d’annoncer aux nations l’insondable richesse du Christ,et de mettre en lumière pour tous le contenu du mystère qui était caché depuis toujours en Dieu, le créateur de toutes choses. »

C’est magnifique, non ?

Et comment le faire, comment témoigner de cette richesse insondable ? En restant, dit-il, « enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. »  Ainsi nous serons « capables de comprendre avec tous les autres  quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Et nous connaitrons ce qui surpasse toute connaissance : l’amour du Christ. »

C’est quelque chose comme ça, votre vie, sacrées Sœurs :« découvrir et manifester l’amour du cœur du Christ ».
Et cette révélation ne peut se faire que dans la contemplation, dans l’étonnement de l’amour : « Lorsque l’Esprit de Jésus s’est emparé d’un cœur qui correspond à ses opérations,écrivait votre fondatrice Madeleine-Sophie Barrat, il en devient le Maître ; alors, on est heureux car il apporte toujours la paix et la vraie liberté. »

 Les vœux, que vous allez re-prononcer devant nous dans quelques instants –  « sacrées Sœurs » – sont pour nous comme une invitation, un appel, un clin d’œil appelant, à re-choisir avec vous, chacun à notre place, ce très bel homme de Nazareth…

Bondues – 8 juin 2018

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