Entre deux eaux

Pour tout vous dire, je ne sais pas bien quoi dire. J’ai retourné le texte dans tous les sens, hier soir et ce matin. Et il m’est difficile.
Difficile parce que ce 7° dimanche de Pâques est un dimanche étrange, niché entre ascension et pentecôte.  C’est un dimanche où – liturgiquement – il semble qu’il n’y a pas grand chose à voir…

On a fêté jeudi dernier le départ de Jésus, son retour vers le Père. Nous avons contemplé les disciples qui maintenant sont seuls.  C’est le temps, pour eux, d’une grande pauvreté, d’un véritable dénuement. Pour notre Eglise aussi.
Il leur a dit : « je m’en vais et je viens à vous ». Il faut les regarder, réfugiés dans le souvenir et dans l’attente. Assis, entre deux eaux. Il leur a laissé son absence…

Et puis nous n’avons pas encore fêté de don de l’Esprit. Nous n’en sommes encore qu’à chantonner Veni Creator… en espérant être exaucés… La Pentecôte, c’est pour demain…

Ce 7° dimanche de Pâques, c’est l’heure de la « main vide ». Il n’y a pas grand chose à voir… Pourtant, il faut bien avancer. Nous ne sommes pas faits pour faire du sur-place.

Alors quoi faire ?

Seulement regarder Jésus qui avant d’être arrêté et jugé, s’en remet à la tendresse de son Père. L’évangile d’aujourd’hui nous introduit dans sa prière grave.
Quoi faire d’autre, sinon le regarder regardant vers le ciel. Entendre l’intimité de sa prière, son amour pour le Père, sa fidèle confiance, sa relation fidèle. Ecouter sa prière et ne pas trop la commenter.

Avez vous remarqué ? Il ne demande rien pour lui. Il demande seulement que ses disciples restent unis. Cela lui suffira. Et il demande au Père, pour eux, la joie.
Au fil des années, au fil des rencontres, il a veillé sur eux, comme un ami, comme un frère. Comme un berger qui veille sur son troupeau. A cette heure là de son histoire, il les porte devant le Père. Il porte dans le cœur de Dieu tous les visages des hommes et des femmes qu’il a rencontrées depuis quelques années.  « Garde les unis dans ton nom, ce nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Tu sais bien que j’ai veillé sur eux… »
Magnifique prière prononcée au moment même où il sait bien que tout va se terminer, qu’il va être arrêté et sans doute mis à mort…
Quoi faire d’autre, les amis, sinon bercer cette prière en nous ?…

Dans ce 7° dimanche de Pâques où il n’y a pas grand chose à voir, il faut aussi recevoir au creux de notre cœur les paroles lumineuses du vieux St Jean et les laisser résonner en nous : « Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. »

Vous avez entendu ? « Dieu personne ne l’a jamais vu ». Ni eux, ni vous, ni moi.
Que reste t-il alors ? A « nous aimer les uns les autres ».
Aucune mièvrerie dans les paroles de Saint Jean. Il n’y a que les sots pour ricaner sur ces mots là et penser que les disciples de Jésus ne sont que des culs-bénis simplets. L’amour est grave.
Tout amour est grave parce qu’il rend responsable de l’autre et de soi-même…

Alors quoi ?
« SI nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous » : ça ne peut pas être plus clair ! Dieu ne sera jamais à la solde de nos prières et de nos dévotions. Il est au cœur de l’amour. De tout amour, quel qu’il soit.
Ecoutez bien : ça va plus loin encore : « et son amour atteint en nous la perfection. » Les catéchismes et les dogmes, les enseignements, les thèses, les homélies sont ici réduits à peu de choses. « Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu » : déjà et pour toujours. Un point c’est tout.

Alors quoi, direz vous ?

Entre Ascension et Pentecôte, dans la présence/absence de Jésus, être là simplement. Goûter notre rencontre de ce matin.  Nous réjouir d’avoir autour de nous quelques amis fidèles.  Croire que le Seigneur a ici envie de nous rencontrer  à travers nos misérables apparences, à travers nos yeux mal voyants, à travers nos cœurs mal aimants…

Entre Ascension et Pentecôte, comme Jésus lui-même, lever les yeux au ciel et lui confier celles et ceux que nous aimons. Lui demander que ses yeux s’éveillent dans les nôtres. Et que son cœur s’ouvre dans notre cœur. Lui demander que notre faible amour s’approfondisse comme un refuge immense et doux, pour tous ces gens dont la vie bat autour de nous.
Et le laisser nous alourdir du poids des multiples rencontres, et du poids de son amour. Lui demander avec patience de nous pétrir de lui et de nous peupler de nos frères les hommes…

Et lui demander aussi de nous garder unis.
Et, s’il lui plait, de nous donner sa joie qui manque tant au monde.

Et dans quelques instants, nous asseoir à la même table. Rompre le pain.
Il se pourrait peut-être que la Tablée étincellera de sa présence.

Entre Ascension et Pentecôte, quoi donc encore ?
Croire que nous sommes les uns pour les autres, la trace de Jésus, sa signature et sa présence.
Croire également que nous sommes donnés par lui à ce monde qu’il aime, pour y devenir la charnière de chair, la charnière de grâce, comme l’écrivait Madeleine Delbrêl, qui le force à tourner sur lui, à s’orienter malgré lui, en pleine nuit , vers le Père de toute vie.
Lui demander d’être lié à lui avec toute la force de notre foi obscure, d’être lié au monde avec la force de ce cœur qui bat pour lui. Et qu’une qu’une seule chose soit faite avec nous tous.

Entre Ascension et Pentecôte, quoi lui demander encore ?
Peut être de nous enraciner dans le monde, et de nous enfoncer en lui, pour nous glisser, mais avec lui, au même ciel.

Le 7° dimanche de Pâques, entre Ascension et Pentecôte, est un dimanche très mat, très sobre, très silencieux. Nous attendons le jour qui vient. ET le feu de l’Esprit…

Alors oui, viens nous visiter, viens nous éclairer.
Et viens remplir nos cœurs de grâce et de lumière,
toi qui crée jour après jour toute chose avec amour.
Sois pour nous l’amour, le feu, la source vive.
Inspires nos lèvres pour te chanter.
Mets en nous ta clarté, embrase-nous,
Répands en nous l’amour du Père.
Viens fortifier nos corps, nos cœurs et nos esprits dans leur faiblesse,
Et donne -nous ta joie.
Hâte-toi de nous donner la paix,
Viens en nos cœurs, et qu’à jamais, nous te reconnaissions dans nos amours.
Nous t’en prions..

Terre sainte 2007 102

 

 

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