C’est la fête au village…

C’est la fête dans le village. La messe a été avancée, pour ne pas être gênée par les fanfares ! Il y a du monde.  L’église est quasi pleine. Des gens d’ici et de nombreux vacanciers profitent du long pont du mois de mai pour se retrouver. Dans l’assemblée, beaucoup de familles nombreuses, tout comme il faut. La fête a rassemblé, c’est sûr.

9 h 30, le curé fend la foule dans son habit de lumière qui lui donne l’allure d’une papillote. « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Demandons au Seigneur de bénir cette eau par laquelle nous serons purifiés… » 
Pas un regard pour l’assemblée. Pas un mot de bienvenue. La purification d’abord. Une dame chante. Monsieur l’abbé asperge chichement : on n’est même pas mouillés…
Faut-il d’ailleurs se mouiller ? Cette entrée en matière n’en donne pas l’envie.

Lectures : la magnifique 1° lettre de saint Jean. Puis l’évangile et l’homélie.
Mais toujours pas un regard pour nous.
Aucune connivence : ça se déroule comme c’est écrit sur le missel. Un point c’est tout. 

Homélie. On y apprend que dans notre pays, Dieu n’est plus aimé. On l’a chassé. Il est absent. Hé ho, l’abbé ! Comment pouvez-vous dire une chose pareille ?
On y apprend que même nous, nous sommes influencés par cette société qui n’aime pas Dieu; qu’on ne sait plus adorer, qu’on ne parle plus de Dieu. Avant – ah oui, avant ! – on savait bien qu’il fallait avoir une relation à lui pour se le rendre favorable (sic). Et que si nous sommes venus dans cette église, c’est pour être sauvés…
Hé ho, l’abbé ! C’est fait !  Il n’y a plus à mendier ! Il n’y a plus qu’à s’ouvrir. Depuis le matin de Pâques – s’il y a eu matin de Pâques – nous sommes sauvés de nous-mêmes et peut-être même de la « religion » !
Enfin libres…
Et puis, l’abbé, on n’est pas sots ! On sait bien que s’il nous a libérés, ce n’est pas pour vivre n’importe quoi n’importe comment. On croit en l’homme, l’abbé ! Enfin, j’y crois !
Un pas de plus dans l’homélie : aujourd’hui, il n’y a plus que les musulmans qui savent adorer. Et savez-vous pourquoi, dit-il, ils ne sont pas devenus chrétiens ? C’est que Dieu « les laisse comme ça » (sic !)  pour qu’ils nous montrent l’exemple de l’adoration. Enfin des gens qui savent que l’homme est dépendant de son créateur !
Moi, j’ai toujours cru que notre Dieu, père et mère à la fois, avait coupé le cordon ombilical : ce qui nous donne mille raisons de plus de l’aimer et de chercher à bien vivre notre vie.

C’est trop.
Ou c’est trop peu.
J’ai envie de sortir. Je reste.
En solidarité avec les autres ?
En fait, je ne sais pas très bien pourquoi. Je ne suis même pas bien assis.

Credo bien comme il faut. Formaté. Labellisé. Officiel, quoi.
Après tout pourquoi pas, au point où on en est.

Prière universelle : pas un mot sur le village en fête. Pas une prière pour les forains dont le métier est dur. Pas une louange pour les dizaines de bénévoles qui ont travaillé dare-dare pour que la journée soit belle. Prière universelle amidonnée. Sortie tout droit de chez Picard. Surgelée. 

Une quête par les petites filles en robe à noeud.
Prière eucharistique : les yeux rivés sur la patène et calice s’échappent de temps pour attraper le ciel, mais ils se cognent à la clé de voûte et retombent sur l’autel. On dirait une partie de ping-pong.
Entre patène et ciel, la terre, mon frère ! La terre, le monde, la vie, et nous !
Au troisième coup de Sanctus, une moitié de l’assemblée s’effondre et tombe genoux. Son homélie a porté fruit : un peu d’adoration et de respect pour le mystère…

La suite : Notre Père, communion, oraison, bénédiction et expulsion.
Pas même un « bonne journée », ou « saluez pour moi les commerçants ». Rien.
Le célébrant ouvre la marche. On est prié de suivre.
Ite missa est, au cas où on ne l’aurait pas compris.

On est enfin sur le parvis.
Une fanfare passe, ça sent déjà le barbecue : ça me donne faim et envie de chanter.
L’abbé salue copieusement les (trop) fidèles. Et puis il rentre.
La dame fermera vite à clé la porte de l’église qui est ouverte tous les autres jours de l’année. On se sait jamais : la vie pourrait entrer.

Je ne vous ai pas dit. J’étais assis sous une station du chemin de croix. Juste au dessus de ma tête, une inscription : « pour tout cela, ruisseaux de larmes ». C’était ma place…
Je n’en peux plus, de tout cela.
Ruisseaux de larmes.

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