Vivre ! Rien d’autre…

Que s’est-il vraiment passé sur le chemin d’Emmaüs ?
On ne le saura jamais vraiment.
On sait une chose. C’est que deux personnes étaient en route. Un certain Cléophas, et un autre disciple. Des exégètes prétendent que cet « autre disciple » était une femme : c’est plutôt sympathique à imaginer…

1. Ils sont rejoints par un troisième. Il y aurait mille choses à dire de cette rencontre surprenante. J’ai simplement envie de souligner que celui qui les rejoint va les conduire à leur vérité, à l’authenticité de leur être, à la justesse de leurs sentiments. Et c’est sûrement la clé d’une vie heureuse.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je suis touché, tous ces temps-ci, de voir combien il est difficile pour un grand nombre de personnes de vivre en vérité, de consentir à leur intimité et de s’autoriser à exister telles qu’elles sont au plus profond d’elles-mêmes.
Je suis surpris de constater qu’un tas de gens vivent encore sous le régime des autorisations à demander, des conventions à respecter, des protocoles à observer, des prescriptions morales ou religieuses à révérer. Et on les voit alors déployer tout petitement leur vie sous la pression du regard et du jugement des autres…
Il y a là quelque chose qui ne me semble pas très juste, pas très humain et donc pas très évangélique.
Allez, je pense à ces personnes qui découvrent un jour une facette de leur existence, de leur personnalité ou de leur affectivité à laquelle elles n’osent pas consentir parce qu’on leur a toujours dit – ou qu’elles se sont auto-persuadées – que ce n’est pas dans le ton ou dans les normes.  Alors elles mènent une partie de leur histoire dans un silence poli qu’il serait sot de qualifier de mensonge. Je pense aussi à ces hommes et à ces femmes qui se sont un jour embarqués – ou retrouvés embarqués – dans un style de vie, un métier ou un réseau et qui découvrent un autre jour une envie d’autrement ou d’ailleurs et qui n’osent pas y consentir, parce qu’il « faut » durer. Ils vivent comme prisonniers d’eux mêmes, retenus en otage par le regard des autres. Ils vivent en résignés. Et on pourrait sans trop se forcer multiplier les exemples…

Le Christ qui apparaît dans l’évangile d’Emmaüs, c’est un Maitre de vie qui vient rejoindre les gens où ils en sont. Il libère leur parole, donne le droit d’exister. Par sa présence bienveillante, il leur permet de nommer la vérité de leur vie. Il autorise.

Le Christ sur qui vous fondez votre amour, Luc et Véronique, c’est celui qui invite chacun à être fier de ce qu’il est au plus intime de lui, jusque dans des profondeurs qui peuvent sembler abyssales. Etre fier d’être soi. Sans jamais fanfaronner, sans jamais se croire arrivé. Etre fier d’être ce que l’on est et de risquer sa vie.

J’aime penser, Luc et Véronique, que vous allez en mémoire de Jésus vous conduire l’un et l’autre à votre vérité ; parce qu’au delà des sentiments, c’est peut-être ça l’amour. Conduire l’autre jusqu’à sa profondeur. L’autoriser, lui donner le goût d’être fier de ce qu’il est. L’aider à se lever. Lui proposer de se relever.
J’aime penser qu’ensemble vous allez conduire vos deux petites filles, Pauline et Madeleine, jusqu’à la vérité de leur être…
J’aime penser que le « don de soi » dont on nous rabâche tellement les oreilles, c’est peut être avant tout quelque chose comme ça : nous aider les uns les autres à exister. « La plus haute louange de Dieu, écrivait le Père Varillon, c’est d’exister fortement. »

Le plus beau signe de l’amour, de l’amitié et de l’affection que nous avons pour quelqu’un d’autre, c’est de lui permettre de déployer ce qu’il est, sans crainte, et sans masque. Et de porter sur lui le regard que Dieu porte sur chacun. Un regard qui dit : « quelle qu’elle soit : ta vie est belle. Ne sois jamais ce que d’autres attendent de toi, mais sois ce que tu es, et sois en fier ».

C’est la première chose que je voulais vous dire cet après-midi.

2. Ensuite, il faudrait pour un bien – pour que ça fasse « homélie de mariage » –  que je vous parle maintenant de la liberté, de la fidélité, de l’indissolubilité du sacrement et de la fécondité. Mais je n’en ai pas trop envie.
Si vous voulez en savoir plus sur ces affaires là, allez donc lire « Fêtes et saisons » ou quelque chose comme ça, ou achetez le « Cahier de devoirs du petit couple catholique ».
Je n’ai pas trop envie de vous parler de tout cela cet près midi, parce que ce n’est pas le plus important.

Le plus important – et vous me connaissez assez pour savoir que je ne dis pas cela pour plomber notre célébration ! –  c’est que nos jours sont comptés, que la vie est fragile, qu’elle est brève et qu’elle peut s’arrêter à tout instant. Et qu’à cause de cela, il ne faut rien gâcher de l’existence.
J’ai vraiment envie, Luc et Véronique, de vous inviter à savourer la vie au jour le jour, à goûter les instants, à savourer le bonheur d’être à déjà à quatre !
J’ai vraiment envie de vous inviter, vous tous qui êtes ici dans cette église autour de nos amis à savourez le bonheur d’avoir les amis, des proches, des frères.  Il y a trop de gens qui sont en vie mais ne goûtent pas au miracle d’être vivants. Ne passez pas votre temps à vous demander ce que vous pourriez faire ni ou vous pourriez être…  Remettez les inévitables problèmes de l’existence à leur juste place. Ne vous laissez jamais enfermer dans un jugement sur autrui – ou pire, sur vous-mêmes -, ne vous refermez jamais sur une blessure de la vie.
Croyez à la vie qui est là. En vous. Vivez intensément ce que vous croyez devoir vivre.

Avec Madeleine Delbrêl, croyez que votre monde est pour vous le lieu de votre sainteté (ce qui veut dire santé !). Croyez que rien de nécessaire ne vous y manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu vous l’aurait déjà donné.
Et si à certaines heures de l’existence, quelque chose semble vous manquer, cherchez-le dans « ce » que vous avez déjà ou dans « ceux » que vous avez déjà.

C’est la deuxième chose que je voulais vous dire.

3. La troisième, nous allons la vivre dans quelques instants.
Tout à l’heure nous nous tiendrons tous ensemble autour de la table de l’eucharistie. Et c’est vous, Véronique et Luc qui nous apporterez le pain et le vin. Et vous ferez un geste liturgique qui n’est pas très habituel ; un geste, comme on dit « réservé ». Les puristes seront priés de ne pas rouspéter.
C’est vous, Luc et Véro, qui allez élever devant Dieu le pain et le vin.
Parce que c’est quoi, ce pain et ce vin ?  Rien d’autre que votre vie, votre amour, Madeleine et Pauline, les fruits de vos étreintes. Rien d’autre que vos joies et vos soucis, vos rires et vos larmes, votre passé et vos projets. Rien d’autre, ce pain et ce vin, que la vérité de votre existence. Et devant nous, vous allez porter tout ça devant Dieu.

Et nous les amis, nous n’allons pas pendant ce temps-là nous tourner les pouces en attendant que cela se passe.
Je vous inviterai à ramasser chacun dans le creux de vos mains la vérité de votre vie, le tout vrai de votre existence. Pendant que Véro et Luc élèveront les coupes, vous élèverez vos mains. Nous porterons nos vies devant le Père de toute vie et de tout amour.

C’est ça l’eucharistie. Rien d’autre. Porter devant Dieu le vrai de notre vie, ce que nous avons comme plus profond désir d’être, et entendre le Christ nous redire que cette vie là, c’est Lui…
Alors nos vies ne seront pas seulement bénies. Elles deviendront pour d’autres une vraie bénédiction : c’est autrement plus fort.

L’eucharistie est un temps grave. Qu’importe la fréquence à laquelle nous vivons. Ce qui importe c’est d’en faire une auberge d’Emmaüs, une table de vérité où nos yeux reconnaissent dans la profondeur de nos vies une présence. Celle de Jésus, qui ne se lasse pas de marcher à nos côtés.

Lui seul force nos pas à l’aventure.
La Table où nous recevrons le pain de la route étincellera de lui : c’est le seul Maitre d’humanité.
Il se pourrait, là où la vie nous mènera, alors que nous devenions pour d’autres, à notre insu, cet étranger brûlant de Pâques…

Rien d’autre que cela.
Cela devrait suffire pour aujourd’hui.

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